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Ahmed Waguei - missed-flight

J’ai (encore) failli louper mon vol

Ca y est la journée tire à sa fin. J’ai tant bien que mal tenu malgré ce fichu état de fébrilité. Je vais bientôt quitter Port Harcourt. Cette calme et belle ville, loin de tout ce qu’on a bien pu me raconter :

« Tu vas à Port Harcourt ? C’est dangereux. J’y ai vécu ma pire expérience un soir, quand des bandits ont pointé une arme blanche vers moi et mon demandé de tout leur donner. Je dois mon salut aux jambes que j’ai prises à mon cou.»

« Les embouteillages et le désordre là-bas c’est la folie. Et c’est pire qu’à Lagos.»

Pourtant je n’ai rien vu de tout ça. Les routes étaient longues et larges, un peu comme à Yakro. Les voitures respectaient les feux tricolores et les priorités. On se sentait vivre et on s’entendait respirer dans Port Harcourt. Du moins pour ce que j’ai vu. Le seul embouteillage que j’ai vu c’était dû à une chaussée rétrécie pour cause de travaux. Rien de dramatique donc. C’était tout le contraire de Apapa. Cette zone portuaire qui suffoquait lentement sous le poids et l’interminable ballet des camions remorques. J’y reviendrai en détails un de ces jours, promis.

Mon vol pour Lagos était à 17h20. Mais je quittais le bureau avec seulement une heure d’avance. Chose totalement inhabituelle pour moi. Car j’avais déjà goûté au sombre sentiment que c’était de manquer un vol. Et je m’étais promis depuis lors que cela ne m’arriverait plus. Prenant ainsi l’habitude d’arriver à l’aéroport entre 2 et 3h avant le décollage. J’éliminais ainsi le maximum de possibilités liées à un quelconque imprévu ou embouteillage. Je me dis qu’il vaut mieux attendre l’avion à l’aéroport car lui ne vous attendra pas.

Je n’avais pas pu respecter mon protocole cette fois car je ne voyageais pas seul et quelqu’un s’occupait de gérer le transport jusqu’à l’aéroport. Cela ne m’inquiétait plus vraiment car j’étais suffisamment affaibli et fébrile pour m’en soucier. C’était leur pays et ils savaient mieux que moi comment ça fonctionnait. La voiture nous a récupéré aux alentours de 16h20, direction l’aéroport international de Port Harcourt. Nous avons roulé moins de 500m avant de tomber dans notre premier embouteillage (Le Nigeria vous me direz). Nous avons patienté deux minutes avant que le conducteur en fin connaisseur, choisisse de faire demi-tour et fasse un petit détour. Nous voilà revenu sur nos pas, on repasse devant le bureau. On n’était pas très en avance et j’aurais adoré qu’il accélère un peu mais on était en pleine ville. Dommage. Il a bifurqué ci et là, pris une route auxiliaire et nous sommes repartis. Cinq minutes de trajet plus tard, un nouveau ralentissement m’a tiré d’une éphémère rêverie. Il y avait une trentaine de voitures à l’arrêt et quand j’ai penché la tête pour regarder à l’avant, j’ai vu qu’on était à un carrefour et que c’était juste le feu tricolore qui nous retenait. Heureusement. Mais mon soulagement a vite disparu quand deux minutes plus tard, on n’avait pas bougé. Le feu était maintenant vert mais aucune voiture n’avançait. Et celles venant de derrière ont logiquement créé une seconde file d’abord sur notre droite. Et enfin sur notre gauche. Empêchant la progression de la file opposée. Super. Cinq puis dix minutes passèrent. Les feux verts et rouges s’étaient alternés. Nous avions bougé d’environ trois mètres. C’était bien un second embouteillage. Flush.

« Les embouteillages et le désordre là-bas c’est la folie. Et c’est pire qu’à Lagos.»

Merde, ne lui donnez pas raison les gars. J’ai un avion à prendre. Attendez svp que je parte avant de retrouver vos habitudes. Il est 16h45. Mon vol est dans 35mn.

Sorti de nulle part, un homme est apparu au niveau de la file de gauche qui obstruait le chemin opposé. Il était grand et semblait fort. Il s’est mis à ordonner aux voitures qui bloquaient le passage de libérer la voie et de faire marche arrière. Cependant une des voitures de tête, en bonne récalcitrante ne voulait pas reculer et céder le passage. Elle essayait plutôt de se faufiler et de gratter une place dans notre file. Comme si on était suffisamment en avance pour faire des faveurs. C’est alors que le grand et fort monsieur a regardé le chauffeur, légèrement froncé la mine et haussé le ton avant de répéter sa demande. Je ne sais pas si c’est à cause de son ton menaçant et autoritaire, sa tenue de militaire ou le bon sens que présentait sa requête mais timidement, la récalcitrante s’est exécutée. Enfin un peu d’amour dans ce monde de brutes.

La voie était enfin libre. Les quelques voitures en face qui attendait la récalcitrante ont filé sans attendre. D’autres ont suivi. Mais notre file n’avançait pas encore à cause d’un camion qui avait mal négocié son virage au niveau de l’intersection. En vérité, je crois que c’était lui la cause de cet embouteillage. Il a tant bien que mal fini ses manœuvres et libéré notre passage. On a filé à toute allure pour sortir de ce piège avant qu’il ne se referme. Le grand et fort monsieur n’était plus dans les parages mais la nation lui était reconnaissante. Je lui étais reconnaissant. Il était 16h50 quand nous sommes sortis de cet embouteillage et que nous avons repris notre route pour l’aéroport. Dans l’ensemble, la suite du trajet s’est bien déroulée. Même si deux faits sans trop grande importance au final, nous ont rappelé que le sort était à nos trousses et tenait absolument à nous rappeler qu’il pouvait nous empêcher de prendre cet avion.

Nous roulions à vive allure depuis dix minutes quand soudain une vive détonation se fit entendre. Un camion transportant je-ne-sais-quoi, venait de perdre l’une de ses roues arrière droite. Vous savez ce bruit sourd, lorsqu’un pneu explose subitement sous le poids de l’âge, de l’usure et de sa cargaison. C’était ça. Mais cela n’a rien changé à son objectif et sa vitesse. Comme si de rien n’était, il a continué à rouler. Hormis son collègue côté passager, qui sorti la tête pour voir de quoi il s’agissait avant de continuer. Faut croire qu’il avait peut-être lui aussi un avion à prendre à 17h20.

Le deuxième et dernier incident eu lieu aux alentours de 17h10. Un ultime embouteillage. Moins long et moins désordonné que le précédent. En vrai, ce n’était qu’un léger ralentissement qui tirait sa source à un rond-point quarante mètres plus loin. J’ai su de quoi il s’agissait lorsqu’on réussit à passer. L’instant était bref. Trop bref. Mais j’ai pu être témoin de l’essentiel de cette scène venue d’ailleurs. A notre gauche, en plein dans le rond-point, était garé un long véhicule. Son coffre était ouvert et des gens s’affairaient autour. Des hommes et des femmes. Jeunes et pleins de vie. Ils portaient des traits blancs ou noirs sur le visage. Je ne m’en souviens plus exactement. Certains avaient en main des feuilles de je-ne-sais-quelle-plante. Ils avaient sorti du coffre un cercueil. Un cercueil. Ils l’avaient brandi et portés à 6. Ils chantaient, hurlaient, dansaient et s’agitaient tous sans exception dans une frénésie sans pareil. J’ai vu les porteurs de cercueil faire le tour du véhicule avec ce trophée en l’air. Rejoignant notre voie et disparaissant derrière la pile de voiture et de gens qui commençait à s’accumuler pour ne rien perdre de l’événement. Je rappelle qu’on n’était pas dans un cimetière, sinon j’aurai compris. Mais plutôt au beau milieu de la route. Une route qui mène tout droit à un aéroport international. Comprenez mon émerveillement face à ce bref spectacle. J’aurai adoré en profiter plus longtemps mais mon avion m’attendait… ou pas. On n’était plus loin d’ailleurs. Nous avons enfin passé le point de contrôle à la sortie de la ville. Des policiers en faction là, faisaient dévier des taxis banalisés visiblement trop vieux pour réussir une visite technique sérieuse afin de – je suppose – les racketter.

Nous sommes finalement arrivés à l’aéroport à 17h16. On a couru pour entrer. Il ne restait que quatre minutes avant le décollage. Mais le bon côté des choses c’était qu’aucun de nous n’avait de bagages à enregistrer et envoyer en soute. Et avec un peu de chance, ils auraient du retard comme Air Côte d’Ivoire. On a passé le portique de sécurité à l’entrée avec vitesse sans le faire sonner. Super. On a récupéré nos affaires et filé au comptoir de la compagnie pour savoir si on pouvait encore embarquer. Et là, deux nouvelles nous attendaient. Une bonne et une mauvaise comme vous avez pu vous en douter. La bonne: Un incident technique était survenu. Le vol serait retardé. La mauvaise : il était retardé de 3h. Décollage prévu à 20h40.

Tout compte fait, j’allais pouvoir appliquer mon protocole et attendre 3h à l’aéroport :D. C’était la première fois que mon vol était retardé et ça ne tombait pas trop mal au final. On a pu négocier le salon VIP pour patienter nos 3 heures à l’aéroport. J’avais froid, j’étais fatigué et j’avais vécu trop de choses dans cette journée. Tout ce que je voulais c’était rentrer chez moi à Lagos et dormir.

P.S: Les citations ont été traduites de l’anglais vu que je suis gentil.

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Ahmed WAGUEI

Internet & Movies lover. Sleep & Food master.