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ahmedwaguei.com - face a l'horizon

Entre la vie et la mort

On était vendredi 8 décembre 2017 au matin. J’étais à Port Harcourt, une ville pétrolière au sud du Nigéria, distante d’un peu plus de 600 Km de Lagos. Avant d’y aller les collègues avaient essayé de me faire peur. Me racontant la situation sécuritaire délicate et les kidnappings visant les étrangers. Mais bon, ils étaient tous partis et revenus, donc rien à craindre. J’ai passé la nuit-là dans le charmant et sympathique Novotel. Pas une de ces nuits habituelles où je m’affale sur le lit avant de ronfler, non.

Ma nuit était calme mais froide et tremblotante. Je faisais de la fièvre et je frissonnais comme rarement. La vérité c’est que je tombe malade, environ une fois dans l’année. Et le sort était passé me le rappeler car c’était le dernier mois ou jamais. Pour couronner le tout, j’avais un affreux mal de tête et une désagréable toux me déchirait le torse à chaque expectoration. Vous avez surement déjà vécu une de ces nuits où vous avez un froid de chien malgré la climatisation éteinte et les volets fermés. J’en vivais exactement une et j’étais à la recherche de toute forme de chaleur pour aller mieux. Je me suis donc enroulé dans la couette, tee-shirt fourré dans mon jean et ceinture ajustée, chemise fourrée et fermée jusqu’au dernier bouton plus chaussettes aux pieds. J’étais bien armé pour produire de la chaleur dans ce lit. Et ça fonctionnait bien, vu les grosses gouttes de sueur que j’ai produit jusqu’au matin.

J’ai tant bien que mal pu m’extirper du lit ce matin-là. La fièvre était passée, laissant place à d’atroces courbatures. Génial. J’allais devoir me déplacer plus lentement que je ne le faisais déjà la veille. Je devais par ailleurs retourner au travail même si je n’avais qu’une envie, m’allonger dans un bain chaud et ne rien faire. En route pour la salle de bain, mon téléphone sonna. C’était le chauffeur, il venait me récupérer. Cela me laissait une trentaine de minutes environ. Parfait. J’ai prié, fini de rassembler mes affaires et allumé la télé pour écouter les informations pendant que j’étais sous la douche. Il m’a rappelé plus tard pour m’annoncer qu’il était là. J’ai pris mon sac à dos, enfilé mes chaussures et vérifié que je n’oubliais rien dans la chambre avant de filer.

Ma chambre était au 2e étage et située au beau milieu du couloir. Je suis sorti, j’ai refermé la porte et pris la direction supposée de l’ascenseur avant de réaliser que je m’étais trompé de direction. Je suis donc revenu sur mes pas, je suis repassé devant ma chambre et je suis allé jusqu’à l’ascenseur cette fois. Ce n’était vraiment pas le moment de se balader au ralenti dans l’hôtel, souffrant de paludisme, la mine mauvaise et faisant des détours inutiles. Le peu de force qu’il me restait, j’essayais de l’économiser pour monter dans la voiture qui me ramènerait au travail. Mais le mal était déjà fait.

J’étais debout devant la porte d’ascenseur, j’ai appuyé sur le bouton pour l’appeler et j’ai attendu une dizaine de secondes qu’il vienne de l’étage supérieur. Arrivé à mon niveau, les portes se sont ouvertes et là… Quatre hommes étaient dedans. Vêtus de longues tuniques blanches, des turbans ou des coiffes sur la tête. Ils portaient presque tous de longues barbes et avaient deux grands sachets posés à même le sol. Ils m’ont regardé comme s’ils m’attendaient. Et là, j’ai eu quelques secondes d’hésitation pendant lesquelles d’innombrables pensées se bousculaient dans ma tête malade. Eh merde, c’est probablement des terroristes et c’est la fin. Oui j’ai des préjugés. Qui n’en aurait pas dans une situation comme ça ? Une grosse goutte de sueur a coulé sur ma tempe. Etait-ce ma fièvre de la veille ou une peur panique à l’idée d’être face à des terroristes ? Certainement les deux. Devais-je monter dans cet ascenseur ? Qui a bien pu me convaincre de venir au Nigéria, terre du terrorisme, de Boko Haram et des kidnappings ? #BringBackOurAhmed est sympa comme hashtag en plus. Mais ça n’a pas eu plein de succès avec les girls de chibok… Retrouveront-ils mon corps si une bombe explose là maintenant ? Mon nom sera-t-il cité au journal ? Maintenant que j’y pense, tous ceux qui me doivent un peu d’argent seront sans doute soulagés. MERDE ! MERDE ! MERDE !

Je ne sais comment ni pourquoi, j’ai avancé dans la cabine sans avoir eu de réponse à mes questions. Normal, je me les posais et je n’étais pas une flèche ce matin. Mais je me suis souvenu du portique de sécurité à l’entrée de l’hôtel et je me suis dit que les agents de sécurité avait fait leur travail. Ils avaient intérêt, sinon mon fantôme reviendrait les hanter jusqu’à la fin des temps… J’avoue que c’est tout ce que j’ai trouvé pour me réconforter. Et si vous arrivez à lire ces lignes, cela signifie que je ne les écris pas depuis l’au-delà, que je suis vivant et que ce n’était peut-être pas des terroristes… Mais bon, je peux me tromper.

Nous avons passé de longues secondes ou minutes dans l’ascenseur. Je ne saurai vous dire avec exactitude tellement la descente était interminable. Et si quelqu’un avait éternué ou simplement toussé dans cet ascenseur, ça aurait surement été moi la bombe. A la sortie, nous sommes tous allés à la réception procéder au checkout. J’ai ensuite filé rejoindre le chauffeur, direction le bureau en un morceau. Ouf.

La journée n’était pas terminée pour moi car l’après-midi, je devais retourner à Lagos et j’ai failli manquer mon vol. Je vous raconterai tout ça prochainement 😉

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Ahmed WAGUEI

Internet & Movies lover. Sleep & Food master.